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Le deal territorial

Mathieu Zimmer et Florian Rodriguez étudient depuis plusieurs années les rapports affectifs aux territoires. Leurs réflexions tournent autour de la notion de deal territorial (ou de promesse territoriale). Voici ce qu’ils ont à dire.

On s’installe dans une ville, dans un quartier, selon un compromis entre envies et contraintes (contraintes avant tout professionnelles et familiales, autrement dit : gagner sa vie et voir les gens dont on est proche). C’est pour cela, par exemple, que des gens vivent encore dans le département de la Meuse.

Une fois qu’on s’est installé, pour ne pas devenir fou, il faut se convaincre que l’on est au bon endroit, au bon moment. Pour cela, on analyse les aspects positifs de sa ville et on fait un peu abstraction des aspects négatifs. On se construit mentalement la conviction que sa situation résidentielle est favorable (elle l’est forcément sur certains points, ce qui permet, avec un peu d’auto-conviction, de ne pas trop penser aux aspects insatisfaisants). On en joue pour valoriser notre situation et, surtout, pour ne pas péter un plomb. Parce que si, tous les matins, on se dit qu’on habite dans un endroit merdique, on ne va pas aimer se lever très longtemps. On peut donc trouver de bonnes raisons d’aimer n’importe quel coin de la France. Et c’est tant mieux.

De ce processus mental d’apaisement résidentiel, nous pensons pouvoir tirer des enseignements sur l’attractivité (on avait appelé ça PPP à une époque). Une fois réglés (ou pondérés) les problèmes financiers (le boulot) et familiaux (être en couple au même endroit, avoir ses enfants à proximité), on est prêt à se sentir bien quelque part, pour peu que le deal géographique soit honnête.

Un bon deal géographique, une bonne promesse résidentielle, c’est une raison satisfaisante pour s’installer (ou rester) à un endroit plutôt qu’à un autre. Si vous aimez le ski, vous irez près de la montagne, si vous aimez la voile, vous irez près de la mer et peu importe s’il n’y a pas de musée ou de salle de concert dans le coin. Ce qui est important, c’est que votre territoire puisse vous proposer quelque chose qui n’est pas disponible partout, parce que ça vous conforte sur le fait d’être au bon endroit au bon moment ! Comme le dit Michel Lussault, les sociétés humaines, c’est une question de « positions relatives et de jeu de distance. »

Bonus grégaire

L’Homme reste un animal grégaire qui aime être au bon endroit au bon moment (c’est à dire souvent là où la majorité s’accorde à dire que c’est bien). Quand tout un pays s’accorde à dire que Bordeaux, c’est le top, beaucoup de monde s’en convainc et ceux qui en ont la possibilité cherchent à gagner leur place dans ce nouveau paradis. Les médias font des articles, des classements, vos amis en parlent, racontent à quel point c’est bien. Il y a un puissant effet d’auto-satisfaction collective qui fait perdre un peu d’objectivité sur le deal territorial. Le phénomène a des tendances cycliques. Une fois que la ville rêvée sature, une autre prend sa place dans l’imaginaire collectif.

Le mauvais deal

A contrario, nous sommes convaincus d’une chose : une ville doit absolument éviter les mauvais deals. Surtout ne pas avancer une promesse qui ne peut se réaliser. Si vous promettez à des étudiants une ville festive mais qu’il n’y a que 2 bars et un couvre feu à 01H du matin, ils vont faire la gueule et ils ne vont pas se priver de partager leur frustration avec leur entourage. Une promesse mal tenue, c’est un retour de mauvaise réputation direct dans les dents ! Craignez ce que peuvent dire les habitants de votre ville si vous les décevez. À l’heure des réseaux sociaux, le bouche à oreille fait des ravages et c’est pas votre campagne de com’ qui changera grand chose.

L’échappatoire

Dernier point important : les habitants commencent à péter un plomb quand le deal n’est plus assez intéressant et quand ils ont l’impression d’être bloqués. Quand ils sentent que leur positionnement géographique les empêche d’évoluer (professionnellement, personnellement). Proposer de bonnes alternatives pas trop loin est essentiel pour un territoire. Même si vous ne passez jamais à l’acte, vous aurez l’esprit plus tranquille dans une ville moyenne si vous savez que vous pouvez, un jour, déménager dans une ville plus grande et pas trop éloignée. Le fait de pouvoir disposer d’une offre résidentielle complète (du village à la métropole régionale) sur des distances contenues (moins de 1h de route) est un plus pour toutes les villes d’un territoire donné (métropole comprise).

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